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La correspondance

Prison civile de Casablanca · Été 1976

À sa nièce Dounia et son neveu Karim

À ma petite Dounia chérie, à mon petit Karim,

Dounia bien aimée, pourquoi ces petits yeux si beaux rougis par les larmes ? Pourquoi cette souffrance pour ton si petit cœur d'oiseau ? Toi qui d'habitude si rayonnante de joie, toi qui passais avec moi, te rappelles-tu ? des heures à chanter de ta jolie voix, des heures entières à construire les petites maisons de l'avenir, te rappelles-tu ? Qui donc ma petite qui t'a appris à souffrir et tu ne dois connaître que le bonheur, qui t'a appris à réfléchir, à sombrer dans la réflexion comme tu l'as fait devant moi derrière les barreaux, et tu n'es faite que pour chanter comme un oiseau dans les cieux. Qui donc ma chérie ? J'ai vécu un déchirement que je ne pouvais exprimer que par des appels de ton joli prénom. Dounia n'est-ce pas le monde entier et je le vraiment ? Pour moi. Alors, ma chérie, j'envoie toute ma tendresse et sache que je t'aime comme j'aime la vie. J'attends des petites lettres de toi, des dessins de toi.

Karim, je m'adresse à toi et je suis sûre que tu comprendras, que tu liras à travers les mots ce que mon cœur veut te dire, te transmettre. Tu sais que je restais des heures entières à regarder, à admirer ta beauté et surtout ton sourire qui remplit d'espoir les âmes les plus désespérées. Ainsi, je te confie, je suis sûre que tu sauras la rendre heureuse, la faire sourire. J'espère que tu reviendras me voir malgré la classe (l'école) pour me reposer à nouveau tes petites questions, si intelligentes et brillantes. Je suis sûre qu'à l'avenir nous nous entendrons à merveille et que nous passerons beaucoup de temps ensemble à parler, à s'aimer.

Je vous embrasse et j'attends des photos (cartes postales) récentes de vous ainsi que des lettres et des dessins.

Je vous embrasse.

Saïda Menebhi

Poèmes - Ecrits - Lettres de Prison

Éditions Feed-back, Rabat, 2000