Sans titre,
4 mars 1977
Le poème s'adresse à sa mère, dont elle vient de recevoir la photo en prison.
· La photo ·
Aujourd'hui maman chérie
j'ai reçu ta photo
que j'ai tant désirée
je l'ai longtemps regardée
et puis je l'ai montrée
à toutes les prisonnières
qui sont avec moi
j'étais comme un enfant
qui a reçu son premier cadeau
et qui croit avoir le monde entier
entre ses bras
· Midi ·
Il était environ midi
Je ne peux pas exactement savoir
puisque je n'ai pas de montre
ils me l'ont enlevée
avant de monter
dans le quartier des femmes
où se trouve la cellule
qui m'était destinée
Ils m'ont d'ailleurs tout enlevé
même la petite bague que tu m'as achetée
ils n'ont laissé que mon sourire
car ils ne pouvaient me l'arracher
il était donc environ midi
puisque le soleil a pénétré
comme d'habitude à cette heure-ci
j'ai alors mis ta photo
là-haut
près des livres que je lis
mes compagnons de nuit
en face de moi
pour qu'à chaque minute
je lève la tête et je te vois
mais cette photo
met mes nerfs en boule
car je te connais si vivante
et une photographie, tu sais
reste malheureusement figée
Et moi, ma bien-aimée
je n'ai pas oublié
· Ô mère ·
quand grande tu prenais ma tête
entre tes mains un peu abîmées
pour me regarder dans les yeux
et m'assurer de ton soutien
ta confiance au lendemain
Ô mère,
tes yeux noisettes me sont chers
ton sourire ne me quitte jamais
le sourire victorieux que j'ai hérité
Ô mère
que ton regard demeure
un vaste ciel d'été
sans nuages et bleuté
mère, tu m'as enfantée
mère, ma patrie aussi
Et c'est pour la sauver
que je suis loin de toi
que je suis en prison.
Saïda Menebhi, 4 mars 1977